Vigne enherbée et fleurie dans un vignoble, illustration de la certification Terra Vitis et de la viticulture responsable

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Dans une filière viticole qui traverse une crise profonde, certaines rencontres font particulièrement du bien. C’est le sentiment avec lequel je suis repartie d’un déjeuner de presse consacré à Terra Vitis, une certification à laquelle je crois depuis longtemps. Parce qu’au-delà d’un cahier des charges, elle raconte surtout des femmes et des hommes qui cherchent, expérimentent et inventent de nouvelles façons de faire leur métier. Et franchement, on a besoin de raconter ces histoires-là !

Mercredi 4 novembre, j’ai enfin découvert le restaurant Racines, à Bordeaux. Une adresse dont j’entendais parler depuis longtemps et que j’étais ravie de découvrir à l’occasion d’un déjeuner réunissant quatre vignerons engagés dans la démarche Terra Vitis.

Au programme : des échanges autour de la viticulture responsable, des initiatives concrètes, beaucoup de bon sens et, surtout, cette envie commune de construire l’avenir plutôt que de subir les difficultés du présent.

Et ça fait du bien !

Parce que le monde du vin traverse une période particulièrement difficile. Baisse de la consommation, difficultés économiques, changement climatique, transmission des exploitations… Les défis sont immenses et les inquiétudes bien réelles.

Alors, pour une fois, j’ai envie de m’attarder sur les solutions. Sur celles et ceux qui continuent d’y croire et qui, à leur échelle, font avancer les choses.

D’autant que Terra Vitis et moi, c’est une histoire qui ne date pas d’hier.

Terra Vitis, une démarche que j’ai découverte au fil des rencontres

Il y a quelques années, dans le cadre de mes précédentes activités professionnelles, j’ai eu la chance de réaliser une websérie de neuf épisodes consacrée aux vignerons engagés dans la démarche Terra Vitis.

Neuf épisodes qui m’ont emmenée à travers les vignobles français, à la rencontre de femmes et d’hommes passionnés, convaincus qu’une autre manière de travailler était possible.

Et je peux vous dire que certaines initiatives m’ont véritablement bluffée !

Je pense notamment au Château Cavalier, en Côtes de Provence, où le directeur technique m’avait présenté une initiative que j’avais trouvée aussi simple qu’intelligente : faire intervenir un coach sportif chaque matin pendant les vendanges pour préparer physiquement les équipes.

Échauffements, étirements, préparation du corps à l’effort… Une façon de prendre soin des vendangeurs avant ces longues journées particulièrement exigeantes physiquement.

Cela peut sembler anodin, mais combien d’exploitations prennent réellement le temps de réfléchir à ce type d’accompagnement ?

Autre souvenir marquant : ma rencontre au domaine du Château de l’Éclair, dans le Beaujolais.

Là-bas, j’avais découvert une innovation que j’avais trouvée absolument géniale : transformer les sarments issus de la taille des vignes en agrafes biodégradables, utilisées pour le palissage.

Grâce à un partenariat avec une entreprise spécialisée, une partie des sarments du domaine trouve ainsi une seconde vie. Et lorsque ces agrafes tombent au sol, elles peuvent s’y dégrader naturellement.

Rendre à la terre ce qu’elle nous a donné.

J’avais adoré cette philosophie !

Et ce n’était pas la seule innovation du domaine. En collaboration avec une entreprise spécialisée en recherche et développement, l’équipe expérimentait également un exosquelette destiné à soulager le dos des salariés pendant la taille. Un dispositif qui permet de travailler dans les rangs en limitant certaines contraintes physiques, notamment grâce à une assistance en position assise.

Je me souviens encore de mon enthousiasme devant ces initiatives. Parce qu’elles avaient quelque chose de profondément concret, intelligent et humain.

Mais surtout, parce qu’elles illustraient parfaitement ce que je trouve si pertinent dans Terra Vitis : la certification n’est pas une finalité. Elle peut devenir le point de départ d’une réflexion beaucoup plus large sur la manière de cultiver la vigne et de faire vivre une exploitation.

Ces rencontres ont durablement nourri mon regard sur la viticulture responsable. Et elles expliquent pourquoi, plusieurs années plus tard, je reste particulièrement attachée à cette démarche.

Retrouvez ici les neuf épisodes de ma websérie consacrée à Terra Vitis

La certification Terra Vitis, créée par des vignerons pour des vignerons

C’est probablement l’une des premières raisons pour lesquelles j’apprécie autant Terra Vitis.

La démarche est née en 1998, dans le Beaujolais, à l’initiative de vignerons qui souhaitaient réfléchir collectivement à une autre manière de cultiver la vigne.

L’association s’est progressivement développée avant la création de la Fédération nationale et le lancement de la certification en 2001.

Autrement dit, Terra Vitis a été imaginée par des professionnels qui connaissent les réalités du terrain, les contraintes de leur métier et les difficultés auxquelles ils sont quotidiennement confrontés.

Une origine qui, à mes yeux, fait toute la différence.

Car la viticulture responsable ne se décrète pas. Elle se construit en tenant compte du climat, des sols, des spécificités de chaque exploitation, des contraintes humaines et, bien entendu, des réalités économiques.

Le cahier des charges Terra Vitis comporte aujourd’hui environ 80 points de contrôle. Les exploitations font l’objet d’un contrôle annuel pour obtenir ou conserver leur certification.

Mais au-delà de ces exigences, la démarche repose également sur une dynamique collective : les échanges entre vignerons, le partage d’expériences, l’expérimentation et l’amélioration continue des pratiques.

Et c’est cette philosophie qui me plaît particulièrement.

Car il ne s’agit pas simplement de cocher des cases pour obtenir un logo sur une bouteille. Il s’agit aussi de se remettre en question, de chercher des solutions et de progresser.

La viticulture responsable ne se résume pas aux traitements phytosanitaires

Lorsqu’on évoque la viticulture durable, les discussions se concentrent souvent sur la question des traitements phytosanitaires.

C’est évidemment un sujet majeur. Mais réduire la responsabilité d’une exploitation à cette seule problématique me semble particulièrement réducteur.

Quid de la préservation des sols ? De la biodiversité ? De la gestion de l’eau ? De la consommation énergétique ? Du poids des bouteilles et de leur transport ?

Et surtout, qu’en est-il des femmes et des hommes qui travaillent dans les vignes ?

De leurs conditions de travail, de leur santé, de leur sécurité, de leur formation ou encore de la pénibilité de certains gestes ?

Sans oublier une dimension essentielle, particulièrement dans le contexte actuel : la pérennité économique des exploitations.

Parce qu’un domaine viticole, aussi exemplaire soit-il sur le plan environnemental, doit également pouvoir faire vivre celles et ceux qui y travaillent, investir, s’adapter aux évolutions du marché et, idéalement, se transmettre aux générations suivantes.

C’est précisément ce qui fait, selon moi, toute la pertinence de Terra Vitis.

La certification repose sur trois piliers complémentaires : la préservation de l’environnement, la responsabilité sociétale et la durabilité économique.

Elle ne se confond pas avec l’agriculture biologique, qui répond à un autre cahier des charges. Terra Vitis autorise notamment certains traitements phytosanitaires dans un cadre raisonné. Les deux démarches peuvent néanmoins être complémentaires.

Son ambition est différente : prendre en compte l’exploitation dans sa globalité, de la vigne jusqu’à la commercialisation du vin.

Et le déjeuner bordelais en a offert de très belles illustrations.

Quatre vignerons bordelais, quatre façons d’inventer la viticulture de demain

Autour de la table, quatre propriétés, quatre personnalités et autant de manières de répondre aux défis actuels.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la diversité des initiatives présentées. Certaines concernent la biodiversité, d’autres l’énergie, le bien-être des équipes ou encore l’adaptation au changement climatique.

Une démonstration que la viticulture responsable peut prendre des formes très différentes selon les réalités de chaque domaine.

Aux Domaines Uijttewaal, penser l’exploitation dans son ensemble

Dans le Médoc, Elise Uijttewaal développe une vision particulièrement complète de la durabilité.

Les initiatives sont nombreuses : bouteilles allégées à 395 grammes pour certains marchés, panneaux photovoltaïques sur le cuvier, enherbement des inter-rangs ou encore 13 kilomètres de haies sur l’exploitation.

Mais ce qui m’interpelle également, c’est la place accordée à l’humain.

Les cinq salariés du domaine habitent à moins de dix kilomètres et comptent plus de six ans d’ancienneté. Formations régulières, moments de convivialité et participation aux choix de l’entreprise font également partie de son fonctionnement.

À cela s’ajoute une volonté de diversification, avec notamment un élevage bovin sur des prairies Natura 2000, des visites pédagogiques et une offre œnotouristique associant découverte du vignoble, mobilité douce et produits locaux.

Une illustration intéressante de cette idée qu’une exploitation viticole ne se résume pas à ses parcelles de vigne.

Au Château Prieuré de Beyzac, le bon sens jusque dans les détails

Dans le Haut-Médoc, Mathieu Eyhéramouno multiplie les initiatives pragmatiques.

Une cuve de récupération des eaux de pluie de 35 m³, des bouteilles allégées à 410 grammes pour les Crus Bourgeois, l’expérimentation d’étiquettes en papier recyclé ou encore un projet d’extension du chai pensé avec des matériaux locaux et une ventilation privilégiée à la climatisation.

Le domaine expérimente également la litière forestière fermentée pour ses sols, plante des haies d’essences locales et adapte les distances de plantation aux épisodes de sécheresse.

J’aime particulièrement cette manière de réfléchir à chaque détail.

Parce que la responsabilité environnementale ne repose pas uniquement sur les grandes décisions. Elle se construit aussi grâce à une multitude de choix, parfois très simples, qui permettent de faire évoluer progressivement les pratiques.

Mathieu Eyhéramouno parle d’ailleurs de Terra Vitis comme de l’expression du « bon sens paysan », appliqué aussi bien à l’environnement qu’à la durabilité de l’entreprise.

Une formule qui résume assez bien l’esprit de la démarche.

Au Château Haut Selve, préparer demain sans oublier les équipes d’aujourd’hui

Dans les Graves, Jean-Sébastien Charles travaille notamment sur l’adaptation de son vignoble au changement climatique.

Depuis 2023, les nouvelles plantations font davantage de place au Cabernet Sauvignon, au Cabernet Franc, au Petit Verdot et au Malbec, avec une réduction de la part du Merlot. Les porte-greffes sont également diversifiés au fil des replantations.

Le domaine expérimente par ailleurs l’utilisation du biochar sur une parcelle pour étudier son intérêt dans la conservation de l’humidité des sols.

Mais là encore, l’engagement ne s’arrête pas aux pratiques viticoles.

Au Château Haut Selve, les horaires de travail ont été adaptés après consultation des salariés, avec notamment la mise en place d’un plan canicule. Des représentants élus des équipes participent également à des réunions régulières.

Ce sont des initiatives qui me parlent particulièrement.

Parce que prendre soin de son vignoble, c’est aussi prendre soin de celles et ceux qui y travaillent.

Au Château Thieuley, expérimenter pour mieux s’adapter

Dans l’Entre-deux-Mers, Marie Courselle incarne elle aussi cette viticulture qui refuse de rester immobile.

Le domaine travaille sur la biodiversité avec des inventaires de la faune et de la flore et un programme de plantation de haies : 700 mètres en 2026, auxquels devraient s’ajouter 800 mètres en 2027.

Dans les vignes, l’enherbement roulé permet de créer un paillage qui aide les sols à conserver leur humidité. Le domaine réfléchit également à la réduction des surfaces foliaires pour limiter les besoins en eau de la vigne.

Et parce que s’adapter, c’est aussi écouter les évolutions de la consommation, Château Thieuley développe une gamme de vins à faible teneur en alcool, sans recourir à la désalcoolisation.

Une démarche particulièrement intéressante à l’heure où la filière s’interroge sur l’évolution des attentes des consommateurs.

Marie Courselle résume joliment l’esprit Terra Vitis :

« Je fais ce que j’écris, et j’écris ce que je fais. »

Une phrase qui rappelle une exigence fondamentale : la cohérence entre les engagements affichés et les pratiques réellement mises en œuvre.

Une dynamique collective qui dépasse les frontières bordelaises

Avec 1 459 adhérents et 36 384 hectares de vignes engagés dans la démarche en 2026, Terra Vitis est aujourd’hui présente dans sept grandes régions viticoles françaises.

À l’échelle de l’association régionale Terra Vitis Bordeaux, qui couvre six départements, ce sont 158 adhérents et 5 350 hectares qui sont concernés. La certification représente par ailleurs environ 7 % du vignoble girondin, selon les chiffres communiqués par la Fédération en octobre 2026.

Mais au-delà des chiffres, c’est surtout la force du collectif qui me semble intéressante.

Parce que les défis auxquels sont confrontés les vignerons sont souvent similaires, même si les réponses doivent être adaptées à chaque territoire et à chaque exploitation.

Une innovation expérimentée dans le Beaujolais peut inspirer un domaine bordelais. Une réflexion sur la pénibilité du travail menée en Provence peut donner des idées ailleurs. Une initiative en faveur de la biodiversité peut être adaptée à d’autres terroirs.

Et cette circulation des idées est précieuse.

D’autant qu’une certification comme Terra Vitis ne prétend pas détenir toutes les réponses. Son intérêt réside aussi dans sa capacité à accompagner les exploitations, à structurer leurs réflexions et à encourager de nouvelles initiatives.

C’est cette dynamique de progrès que j’avais observée pendant mes tournages, et que j’ai retrouvée avec plaisir lors de ce déjeuner.

Dans une filière en crise, continuer à raconter ce qui fonctionne

Soyons lucides : Terra Vitis ne résoudra pas, à elle seule, la crise que traverse le monde du vin.

La certification ne fera pas revenir les consommateurs, ne garantira pas la rentabilité des exploitations et n’effacera pas les conséquences du changement climatique.

Et ce serait une erreur de laisser penser que toutes les difficultés peuvent se régler à coups de bonnes intentions.

Mais je crois profondément à la valeur de ces démarches collectives qui encouragent les professionnels à réfléchir autrement.

Car derrière chaque initiative, aussi modeste soit-elle, il y a des femmes et des hommes qui continuent d’investir du temps, de l’énergie et parfois des moyens financiers pour faire évoluer leur métier.

Des vignerons qui cherchent des solutions plutôt que de subir les transformations de leur environnement.

Des professionnels qui réfléchissent à la manière de préserver leurs terres, de mieux accompagner leurs équipes, de réduire leur impact environnemental ou de diversifier leurs activités.

Et cette énergie mérite d’être racontée.

Plus que jamais.

Continuer à croire en celles et ceux qui font le vin

Je suis repartie de ce déjeuner avec le sentiment de retrouver ce qui m’avait tant plu pendant ma websérie Terra Vitis : des vignerons passionnés, lucides sur les difficultés de leur métier, mais qui n’ont pas renoncé à chercher des solutions.

Ce sont ces histoires que j’aime raconter dans Les Itinéraires de Charlotte.

Pas pour dresser un tableau idyllique de la viticulture française. Ni pour prétendre que tout va bien.

Mais parce qu’à force de parler de la crise, on finit parfois par oublier celles et ceux qui continuent de faire avancer les choses.

Et je reste convaincue que l’avenir du vin se construira aussi grâce à cette capacité à expérimenter, à partager les connaissances et à envisager la viticulture dans toutes ses dimensions : environnementales, humaines et économiques.

Alors oui, je crois à Terra Vitis.

Non pas comme à une solution miracle, mais comme à une démarche qui donne aux vignerons un cadre, des outils et, surtout, l’envie d’aller toujours plus loin.

Et dans le contexte actuel, retrouver autant d’idées, d’inventivité et d’engagement autour d’une même table, ça redonne sacrément envie de croire en l’avenir du vignoble !

Pour en savoir plus sur la certification et ses engagements : www.terravitis.com.

Charlotte

Passionnée de vin et de communication, j’ai lancé Les Itinéraires de Charlotte en 2009 pour proposer un regard frais sur l’œnotourisme. Thématiques originales, adresses insolites, événements grand public… Pendant six ans, j’ai multiplié les projets pour rendre le vin plus accessible et vivant.
Puis l’aventure a pris d’autres formes : rédactrice en chef d'un média spécialisé, experte en communication digitale, journaliste et intervenante professionnelle... autant de façons d’explorer et de transmettre ma passion.

Aujourd’hui, l’appel de l’indépendance et du terrain est trop fort : Les Itinéraires de Charlotte renaît, plus libre que jamais, prêt à raconter le vin autrement.

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