Il y a des cépages dont tout le monde parle.
Le Chardonnay.
Le Chenin.
Le Cabernet Franc.
Et puis il y a ceux qui restent plus discrets.
Le Grolleau fait partie de ceux-là.
Pour être honnêtes, avec Marie, nous ne pensions pas lui consacrer un article en arrivant chez Dumnacus Vignerons.
Et pourtant…
Pendant ces deux jours de voyage de presse dans le Val de Loire, un détail a fini par nous intriguer.
Quel que soit notre interlocuteur, le Grolleau revenait dans la conversation.
Pas parce que nous posions systématiquement la question.
Mais parce que chacun semblait avoir quelque chose à dire sur ce cépage.
À force de l’entendre cité avec autant de conviction, une évidence s’est imposée.
Si tous ceux qui vivent le vignoble au quotidien nous parlent du même cépage, c’est qu’il mérite probablement qu’on s’y intéresse de plus près.
Un cépage longtemps resté dans l’ombre
Le Grolleau n’a jamais bénéficié de la notoriété du Chenin ou du Cabernet Franc.
Pendant longtemps, il a surtout été associé aux rosés du Val de Loire. On lui reprochait parfois son manque de concentration, son image populaire ou son absence de prestige face à d’autres cépages plus valorisés.
Pourtant, il fait partie de l’identité du vignoble ligérien.
Et aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pensent qu’il pourrait retrouver une place de choix.
Non pas par nostalgie.
Mais parce que le contexte a changé.
« Il coche déjà les cases de demain »
C’est Frédéric Moreau, œnologue et directeur technique de Dumnacus Vignerons, qui nous en parle le premier.
Son enthousiasme est communicatif.
Pour lui, le Grolleau possède des qualités que l’on recherche de plus en plus.
« Il coche quatre cases », nous explique-t-il.
Naturellement peu riche en sucre, il donne des vins plus légers en alcool.
Il conserve une belle acidité, signature des vins du Val de Loire, qui apporte fraîcheur et longueur en bouche.
À la vigne, il résiste mieux au gel que beaucoup d’autres cépages.
Et il se montre également moins sensible à certaines maladies.
Puis il conclut par une phrase qui résume parfaitement sa vision :
« Il répond déjà aux défis de demain. »
À une époque où le changement climatique oblige les vignerons à repenser leurs pratiques, difficile de ne pas tendre l’oreille.
Le cépage dont tous les vignerons nous parlaient
Ce qui nous a frappées, c’est que Frédéric n’était pas le seul.
Lorsque nous avons échangé avec Damien, lui aussi a évoqué le Grolleau avec beaucoup d’enthousiasme.
Puis est venu le tour de Sylvain Brault.
Là encore, le même cépage revenait dans la discussion.
À chaque rencontre, le discours changeait légèrement.
Les mots n’étaient pas les mêmes.
Mais le fond restait identique.
Tous voyaient dans le Grolleau un cépage qui mérite d’être regardé autrement.
Un cépage profondément ligérien.
Un cépage capable de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs.
Et surtout, un cépage dont le potentiel est encore largement sous-estimé.
Retrouvez notre article : 1951
Une autre façon de penser le vin
Au fil des échanges, nous avons compris que le Grolleau racontait quelque chose de plus grand que lui.
Il raconte l’évolution du vin.
Aujourd’hui, de nombreux amateurs recherchent davantage de fraîcheur, des degrés d’alcool plus modérés et des vins faciles à partager.
Chez Dumnacus, cette réflexion a notamment donné naissance à une cuvée à 8,5 % d’alcool, élaborée à partir de Grolleau.
Une démarche qui ne consiste pas à retirer de l’alcool après la vinification, mais à valoriser les qualités naturelles du cépage.
Pour Frédéric Moreau, la logique est simple.
Le plaisir doit rester au centre.
Les consommateurs découvrent d’abord un vin qu’ils aiment.
Et ce n’est qu’ensuite qu’ils apprennent qu’il n’est seulement qu’à 8,5 % d’alcool.
Une approche qui illustre parfaitement la philosophie de Dumnacus : partir du goût avant tout.
Redécouvrir plutôt que réinventer
En repartant de ce voyage de presse, nous avons beaucoup pensé au Chenin.
Aujourd’hui, il est devenu l’un des cépages emblématiques du Val de Loire.
Pourtant, lui aussi a connu des périodes où il était moins mis en lumière.
Le Grolleau suivra-t-il le même chemin ?
Impossible de le savoir.
Mais une chose est certaine.
Quand un œnologue, plusieurs vignerons et toute une cave coopérative parlent avec autant de passion du même cépage, il y a forcément une raison.
Nous sommes arrivées chez Dumnacus en pensant découvrir une cave.
Nous sommes reparties avec l’envie de goûter le Val de Loire autrement.
Et si le Grolleau n’était finalement pas un cépage oublié ?
Et s’il attendait simplement que nous prenions le temps de le redécouvrir ?
