Une canette de bière artisanale ? Très cool. Un cocktail en canette ? Pratique. Du vin en canette ? Soudain, la France viticole s’étrangle.
Pourtant, derrière ce contenant encore jugé peu noble se cache une idée plutôt intelligente. Proposer le bon format, au bon moment, pour le bon vin. Sans remplacer la bouteille, la canette pourrait emmener le vin là où 75 cl de verre n’ont tout simplement rien à faire.
Le vin en canette n’est pas une hérésie
Mettons tout de suite le Château Margaux à l’abri. Personne ne suggère de conditionner les grands vins de garde dans de l’aluminium.
La canette répond à une autre logique, celle des vins destinés à être bus jeunes, sur leur fraîcheur et leur fruit. Blancs vifs, rosés, rouges légers ou bulles sans prétention de vieillissement peuvent parfaitement s’y prêter, à condition que le conditionnement soit maîtrisé et adapté au produit.
Opaque, l’aluminium protège le liquide de la lumière. Léger et incassable, il se transporte facilement et refroidit rapidement. Surtout, il permet de jouer avec les contenances.
Car le véritable intérêt est peut-être là. Boire du vin ne devrait pas systématiquement impliquer d’ouvrir 75 cl.
Dans le Nouveau Monde, personne n’a attendu
Pendant qu’en France son apparition déclenche encore quelques moues dubitatives, le format a déjà fait son chemin ailleurs. Aux États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, des producteurs explorent depuis des années les canettes et autres conditionnements alternatifs.
Une différence qui raconte aussi notre rapport culturel au vin. Dans les pays du Nouveau Monde, où la tradition viticole s’est construite plus récemment, le produit s’est plus facilement affranchi de son flacon. Il peut accompagner un barbecue, partir camper, rejoindre une plage ou un événement en plein air sans avoir l’impression de renier ses origines.
La bouteille n’a évidemment pas disparu. Elle reste là où elle a du sens, notamment pour les vins que l’on souhaite conserver et faire évoluer.
Ailleurs, on semble simplement avoir posé la question autrement. Plutôt que de se demander si la canette est assez noble pour accueillir du vin, pourquoi ne pas regarder si elle convient au moment où l’on souhaite le boire ?
Vu comme ça, le débat paraît tout de suite moins scandaleux.

Le sans alcool lui va particulièrement bien
S’il existe un terrain sur lequel le format pourrait s’épanouir, c’est celui du vin sans alcool.
Ces nouvelles propositions cherchent encore leurs codes et leurs occasions de consommation. Vouloir systématiquement reproduire ceux de la bouteille traditionnelle semble presque contradictoire avec leur promesse.
Un déjeuner rapide, un apéritif en semaine, une pause en extérieur, un événement ou une soirée où l’on souhaite rester sobre… Une petite canette bien fraîche s’intègre naturellement à ces moments.
Elle règle aussi un problème tout bête. Lorsqu’une seule personne à table veut boire sans alcool, pourquoi ouvrir une bouteille entière ? Une portion individuelle permet de choisir sa boisson sans imposer son choix au reste de la tablée ni retrouver 60 cl oubliés au réfrigérateur trois jours plus tard.
Pour une catégorie qui ambitionne justement d’inventer de nouveaux usages, le terrain semble tout trouvé.
Pique-nique, food truck, festival… le vin prend l’air
C’est probablement là que la canette devient la plus convaincante.
Au pique-nique, entre le repas, les verres, l’eau et tout ce qu’il faut déjà transporter, la bouteille en verre n’est pas exactement la reine de la praticité. Une canette se glisse dans un sac, se refroidit vite, ne casse pas et ne réclame aucun tire-bouchon.
Même constat côté street food. Les accords ne manquent pourtant pas. Un blanc tendu avec un ceviche, des bulles sur du poulet frit, un rouge léger avec un burger ou un rosé autour de saveurs méditerranéennes ont parfaitement leur place dans la rue.
Mais devant un food truck, bière et softs restent infiniment plus simples à servir. Quelques vins bien choisis en petit format permettraient d’imaginer une véritable mini-carte, facile à stocker et rapide à proposer, sans avoir à gérer plusieurs bouteilles ouvertes.
Et pourquoi pas devant une scène ? Sous réserve des règles propres à chaque événement, concerts et festivals semblent eux aussi taillés pour ce type de contenant. Léger, individuel, sans verre à transporter, il offre au vin une porte d’entrée dans des lieux où la bière règne presque sans partage.
Elle a depuis longtemps compris qu’elle pouvait quitter la table. Le vin gagnerait peut-être à en faire autant.

25 cl peuvent parfois suffire
Voilà sans doute l’argument le moins spectaculaire, mais l’un des plus contemporains.
La bouteille classique fonctionne merveilleusement bien lorsqu’elle est partagée. Beaucoup moins quand on est seul à vouloir du vin, que chacun préfère une couleur différente ou que l’on souhaite simplement boire une petite quantité.
Le petit contenant remet la portion au centre. On ouvre ce que l’on veut réellement boire, sans cette petite voix qui souffle ensuite qu’il faudrait terminer parce que « ce serait dommage de gâcher ».
Il permet également de découvrir plus facilement une référence sans s’engager sur une bouteille entière. Une approche qui colle plutôt bien à une époque où la filière parle de modération, de baisse de la consommation et d’un nouveau rapport au vin.
Moins, mais mieux choisi. Difficile d’y voir une trahison de la culture viticole.

Le vrai problème est peut-être dans nos têtes
Nous acceptons sans difficulté qu’une excellente bière artisanale sorte d’une canette. Cocktails, kombuchas, cafés et autres boissons sophistiquées ont eux aussi adopté l’aluminium sans provoquer de crise existentielle.
Le vin, lui, continue de traîner derrière lui un imaginaire particulièrement puissant. La bouteille, le bouchon, l’étiquette, le verre à pied, le geste du service font partie de son cérémonial.
Ces codes participent au plaisir et personne ne propose de les faire disparaître. Simplement, tous les vins et toutes les occasions ne les réclament pas.
La canette ne remplacera pas la bouteille. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle. Elle peut en revanche aller là où celle-ci devient encombrante. Sur une pelouse, devant une scène, au comptoir d’un food truck, dans un sac à dos ou simplement dans le réfrigérateur de quelqu’un qui ne souhaite boire qu’un verre.
Finalement, le vin en canette ne désacralise peut-être pas le vin. Il lui enlève simplement un peu de décorum.
Et parfois, ça lui fait un bien fou.
