Charlotte souriante levant deux bouteilles de La Bringuette lors du lancement au Georges au Bouscat, aux côtés de Fabien le winemaker, dans une ambiance festive et conviviale.

Il a un bob sur la tête, un sourire qui part en avance sur ses phrases et cette façon très simple de dire les choses.
« Sur le papier j’ai 48 ans… mais dans ma tête j’en ai toujours 30. »

On comprend vite que la soirée ne sera pas guindée.

Autour de lui, des verres qui tintent déjà. Une équipe qui s’agite. Des gens qui arrivent avec cette curiosité un peu joyeuse des débuts. On est au Georges, au Bouscat, une table chaleureuse aux portes de Bordeaux. Et ce soir, Vincent Levieux lance La Bringuette. Pas juste une gamme de vins. Une idée.

Presque un état d’esprit.

Faire du vin… autrement

Vincent est viticulteur. Mais aussi commerçant. Et surtout observateur.
Il regarde son métier évoluer. Les habitudes changer. Les clients vieillir.

« On s’est posé autour de la table avec l’équipe. On s’est demandé : qu’est-ce qu’on pourrait faire de différent ? Comment recruter de nouveaux consommateurs ? »

La réponse n’est pas venue sous la forme d’un grand terroir ou d’un projet technique spectaculaire.
Elle est arrivée sous forme d’une intuition simple.

Et si on arrêtait de faire des vins pour les appellations… pour commencer à faire des vins pour les moments ?

La Bringuette est née comme ça.
Un concept avant d’être une bouteille.

Derrière les cuvées, une autre voix

Un peu plus tard dans la soirée, je me retrouve à discuter avec Fabien, le winemaker.
Calme. Posé. Les mots précis mais jamais prétentieux. On sent immédiatement quelqu’un qui aime comprendre avant d’expliquer.

C’est lui qui met les idées en liquide.

Il parle de fraîcheur recherchée, de gourmandise volontaire, de tanins qu’on apprivoise plutôt qu’on impose.
Il raconte le blanc « Instant léger », construit sur les cépages bordelais — sauvignon, sémillon — mais pensé pour rassurer autant que rafraîchir.

Et puis il évoque ce vin qui m’a particulièrement marquée : « Heureux Hasard ».

Un blanc issu de cépages rouges. Un blanc de noirs.
Une technique qu’on associe souvent au champagne, mais ici utilisée pour créer autre chose : une aromatique différente, presque déroutante au premier nez… puis terriblement attachante.

« On voulait garder de la fraîcheur mais proposer une sensation qu’on ne retrouve pas d’habitude sur les blancs. »

On sent chez lui une vraie envie de bousculer sans brusquer.

Le vin des instants choisis

Ici, chaque cuvée correspond à une situation de vie.
Pas à une parcelle précise. Pas à une hiérarchie bordelaise. Pas à une fiche technique.

Un instant léger.
Un heureux hasard.
La vie gourmande.
Un été sans fin.

Des noms qui ressemblent à des souvenirs.

Le rouge « La Vie Gourmande » assume complètement cette philosophie. Moins de tanins, plus de fruit, une épice légère. Un vin qu’on peut boire frais. Sur une pizza. Sur une planche de charcuterie. Ou sans rien du tout.

Parce que la question n’est plus vraiment ce qu’on mange.

La question, c’est avec qui on est.

Créer une tribu plutôt qu’une marque

Ce soir-là, Vincent ne parle pas seulement de vin.
Il parle de communauté.

Il imagine des soirées improvisées, des festivals, des cocktails à base de vin, des goodies, peut-être même une ligne textile un jour. Il imagine des gens qui se reconnaissent entre eux.

« On lance plus qu’une marque. On lance une famille. »

Le mot revient souvent.
Famille. Équipe. Tribu.

Derrière lui, Émilie, Delphine, Patrick, Clara. Une petite structure. Des moyens mesurés. Une première production de 10 000 bouteilles. Une vente exclusivement sur internet.

Pas par choix élitiste.
Par stratégie.

« On ne veut pas aller voir les distributeurs en suppliant. On préfère susciter l’envie pour que les gens viennent à nous. »

Dans un monde viticole parfois fragilisé, la démarche a quelque chose de courageux. Et de très lucide.

Décomplexer Bordeaux

La Bringuette est produite à Bordeaux.
Mais elle ne revendique pas l’appellation.

Vin de France. Liberté de ton. Liberté technique. Liberté marketing.

Une manière de dire que l’histoire compte, mais qu’elle ne doit pas enfermer.

Avec Fabien, la discussion revient toujours au même point : le plaisir.
Le fruit. L’aromatique. La buvabilité.

Pas la démonstration.

On pourrait presque parler d’un Bordeaux nouvelle génération.
Un Bordeaux qui accepte de se réinventer.

Et au fond… juste passer un bon moment

Quand on lui demande ce qu’il attend des premiers consommateurs, Vincent ne parle ni de notes de dégustation ni de médailles.

Il dit simplement :

« J’aimerais qu’ils disent : c’était fun. On a passé une super soirée. Et j’ai envie d’en ouvrir une autre. »

Comme une bière qui en appelle une autre.
Mais version vin.

La Bringuette n’essaie pas de faire mieux que les autres.
Elle essaie de faire autrement.

Moins de pression.
Plus de rires.
Moins de codes.
Plus de moments.

Et quelque part entre deux verres, une nouvelle génération de buveurs de vin est peut-être déjà en train de naître.

+ d’infos : https://www.labringuette.com/ 

Charlotte

Passionnée de vin et de communication, j’ai lancé Les Itinéraires de Charlotte en 2009 pour proposer un regard frais sur l’œnotourisme. Thématiques originales, adresses insolites, événements grand public… Pendant six ans, j’ai multiplié les projets pour rendre le vin plus accessible et vivant.
Puis l’aventure a pris d’autres formes : rédactrice en chef d'un média spécialisé, experte en communication digitale, journaliste et intervenante professionnelle... autant de façons d’explorer et de transmettre ma passion.

Aujourd’hui, l’appel de l’indépendance et du terrain est trop fort : Les Itinéraires de Charlotte renaît, plus libre que jamais, prêt à raconter le vin autrement.

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