Lundi soir.
Le genre de soir où on pourrait rester chez soi.
Début de semaine. Fatigue. Série en embuscade.
Et pourtant.
La lumière descend doucement sur les vignes du Château Bellevue. L’air est plus frais, presque silencieux. On traverse la cour. Le gravier crisse sous les pas. Pas de tumulte. Pas de table qui déborde. Juste cette sensation très douce d’avoir choisi la bonne parenthèse.
On pousse la porte de Cématable.
Et très vite, on comprend qu’on a bien fait de venir.
Une histoire de famille au Château Bellevue à Belvès-de-Castillon
Derrière cette table d’une trentaine de couverts — ouverte les vendredis, samedis et lundis, midi et soir — il y a Jean-Christophe Loste.
À ses côtés : Marina, la sœur de Céline.
Céline — la femme de Jean-Christophe — dirige le domaine. Elle veille sur les vignes, sur les vins, sur l’âme du lieu. Elle soutient l’aventure avec cette discrétion élégante qui rend les projets solides.
Lui cuisine.
Marina orchestre.
Et tout circule.
Le concept est limpide :
– Entrée, plat, dessert à 35€
– +10€ pour trois verres en accord (les vins de la propriété… et ceux des copains)
– Deux choix à chaque étape
– Un menu qui change toutes les semaines
Simple sur le papier.
Redoutablement efficace dans l’assiette.
Une cuisine de saison à Cématable
Les produits sont frais.
Les cuissons sont précises.
Les sauces sont travaillées. Vraiment travaillées.
Et ce rapport qualité-prix… honnêtement, il défie toute concurrence.
J’ai eu la chance de tomber sur la semaine ris de veau.
Des ris de veau en sauce.
Nappés, brillants, parfaitement liés.
Une sauce profonde, presque soyeuse, qui enveloppe la viande sans l’écraser.
Le ris de veau était fondant, délicat, avec cette texture à la fois tendre et légèrement ferme qui accroche juste ce qu’il faut sous la dent.
Le genre d’assiette qui fait ralentir.
Qui fait lever les yeux en silence.
Qui donne envie de saucer sans aucune dignité.
Et ça, c’est toujours bon signe.
Ce que j’aime ici, c’est l’équilibre.
Il y a de la technique, évidemment. Mais elle ne prend jamais toute la place. Elle soutient. Elle sublime. Elle ne cherche pas à impressionner.
On mange bien.
On mange juste.
On mange avec plaisir.

Jean-Christophe Loste : une histoire qui dure à Castillon
Jean-Christophe, je l’ai rencontré il y a au moins dix ans.
À l’époque, il travaillait notamment avec le syndicat des Castillon Côtes de Bordeaux. Chaque mois, un repas était organisé dans un domaine de l’appellation. Et c’était lui qui cuisinait.
Les thématiques étaient folles.
Tout Saint-Jacques.
Repas inversé.
“Ce qu’on a dans le placard”.
On s’est régalé à chaque fois.
Ce que j’ai toujours aimé chez lui, c’est cette capacité à rendre la cuisine joyeuse. Accessible. Vivante. Il y a une créativité ludique, presque espiègle parfois, mais jamais démonstrative.
Le plaisir avant l’ego.
Toujours.
Manger au milieu des vignes en Castillon Côtes de Bordeaux
Ce que j’adore avec Cématable, c’est l’évidence du lieu.
On est dans un domaine viticole.
On boit les vins du Château Bellevue, mais aussi ceux des copains.
On parle millésime, on parle sauce, on parle vendanges, on parle cuisson.
Tout circule.
Il n’y a rien de guindé.
Rien d’ostentatoire.
Juste une table sincère, familiale, gourmande.
Un lundi soir qui ressemble presque à un secret bien gardé.
Et ça fait un bien fou.
C’est le genre d’adresse qu’on a envie de garder pour soi… et en même temps de partager à tous ceux qui aiment manger bon, boire bien, et passer un moment simple mais précieux.
Bref.
Si vous passez du côté de Castillon, ne réfléchissez pas trop.
Réservez.
Et si jamais c’est la semaine ris de veau…
Pensez à moi.

