Bouteilles de vin anciennes rangées dans une cave, lumière douce sur une étagère en bois, symbole des vins qu’on garde pour des moments ou des personnes particulières.

En écrivant la quille de la semaine publiée hier, je me suis interrogée sur ces vins qu’on garde pour “les bonnes personnes”, est-ce de l’élitisme ou simplement de la pudeur du plaisir ?

Quand nos amis nous ont dit que cette bouteille italienne, ils avaient envie de l’ouvrir avec nous, il s’est passé quelque chose d’assez fort.
Pas de grandes déclarations.
Pas de solennité excessive.
Juste une phrase, presque lancée comme ça :
« Celui-là, on avait envie de le boire avec vous. »

Et depuis, ça me trotte dans la tête.

Parce que derrière cette phrase, il y avait bien plus qu’un choix de moment.
Il y avait une intention.
Une forme de délicatesse.
Et cette question, pas si anodine :
pourquoi certains vins, on a envie de les boire avec certaines personnes… et pas d’autres ?

Il y a des bouteilles qu’on ouvre sans réfléchir.
Un mardi soir un peu long.
Un dîner improvisé.
Un “tiens, j’ai ça au frais”.

Et puis il y a celles qu’on regarde autrement.

Celles qu’on déplace dans la cave.
Qu’on repose doucement.
Celles pour lesquelles on se dit :
pas ce soir.
Pas maintenant.
Pas avec eux.

On n’en parle pas toujours.
Parce que ça gêne un peu.
Parce que ça frôle quelque chose qu’on n’a pas envie d’être : élitiste, snob, excluant.

Et pourtant.

Ce n’est pas (forcément) une histoire de niveau

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une question de connaissance du vin.
Ni de vocabulaire.
Ni de capacité à reconnaître la framboise écrasée ou le cuir mouillé.

Ce qu’on attend, la plupart du temps, c’est autre chose.

Un minimum d’attention.
Une curiosité sincère.
L’envie d’écouter ce qui se passe dans le verre — même sans savoir le nommer.

Ce qu’on redoute, ce n’est pas l’ignorance.
C’est l’indifférence.

Le verre bu machinalement.
La bouteille descendue sans un regard.
Le moment qui passe à côté.

Pourquoi on protège certains vins

On protège parfois une bouteille comme on protège un souvenir.

Parce qu’on sait ce qu’elle raconte.
Parce qu’elle est liée à une rencontre, un voyage, une histoire précise.
Parce qu’elle a demandé du temps, de l’attente, parfois même un petit sacrifice financier.

Et aussi — soyons honnêtes — parce qu’on a peur.

Peur de “gâcher”.
Peur que le moment ne soit pas à la hauteur.
Peur de se sentir seule avec son émotion.

Le vin, quand il est important pour nous, devient presque intime.
Et l’intime, on ne le partage pas n’importe comment.

Là où la question devient intéressante

Évidemment, il y a une zone grise.

À partir de quand protéger devient exclure ?
À partir de quand choisir devient fermer ?
À partir de quand on se raconte une histoire pour se rassurer ?

Ce sont des questions légitimes.
Et elles méritent mieux qu’un jugement rapide.

Parce que la vérité, c’est que le vin n’est jamais trop pour quelqu’un.
Mais un moment peut être mal choisi.
Un contexte peut être bancal.
Une énergie peut ne pas être alignée.

Le problème n’est pas qui sait.
Le problème, c’est qui est là.

Ouvrir “entre convaincus”… ou pas

Oui, ça m’arrive d’ouvrir de très belles bouteilles avec des gens qui aiment déjà le vin.
Parce que la conversation est fluide.
Parce que le partage est immédiat.
Parce que ça circule.

Et oui, ça m’arrive aussi d’ouvrir une grande quille avec quelqu’un qui n’y connaît rien.
Mais qui regarde.
Qui écoute.
Qui pose des questions maladroites, parfois magnifiques.

Il n’y a pas de règle morale.
Il y a des intuitions.
Des envies.
Des moments.

Et parfois, une bouteille qu’on ouvre “sans raison” devient un souvenir bien plus fort que celle qu’on attendait depuis des années.

Ce que nos amis nous ont rappelé, ce soir-là

Avec cette bouteille italienne, nos amis ne nous ont pas dit :
“Vous êtes les seuls capables de l’apprécier.”

Ils nous ont dit :
“Avec vous, on a envie de vivre ce moment.”

Et c’est très différent.

Ce n’était pas une hiérarchie.
C’était un choix de partage.

Alors non, garder certaines bouteilles pour certaines personnes n’est pas forcément élitiste.
C’est parfois juste une manière de respecter ce qu’on ressent.
Et de reconnaître que le vin, avant d’être un objet de savoir, est un lien.

Le reste ?
C’est du bruit autour du verre.

Charlotte

Passionnée de vin et de communication, j’ai lancé Les Itinéraires de Charlotte en 2009 pour proposer un regard frais sur l’œnotourisme. Thématiques originales, adresses insolites, événements grand public… Pendant six ans, j’ai multiplié les projets pour rendre le vin plus accessible et vivant.
Puis l’aventure a pris d’autres formes : rédactrice en chef d'un média spécialisé, experte en communication digitale, journaliste et intervenante professionnelle... autant de façons d’explorer et de transmettre ma passion.

Aujourd’hui, l’appel de l’indépendance et du terrain est trop fort : Les Itinéraires de Charlotte renaît, plus libre que jamais, prêt à raconter le vin autrement.

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