Quelques jours après le grand barnum du Super Bowl, impossible d’échapper à Bad Bunny. Même quand il n’est pas sur la scène, il est dans l’air : playlists, pubs, after-parties, conversations. Benito Antonio Martínez Ocasio n’est plus seulement une star mondiale, c’est un marqueur culturel. Et comme tout marqueur culturel qui compte, il appelle une question sérieuse — et délicieusement futile à la fois : qu’est-ce qu’on boit quand on écoute du Bad Bunny ?

Bad Bunny, ou le reggaeton qui a changé de ton

Bad Bunny n’est pas arrivé dans mon paysage musical par hasard. Mon intérêt pour lui est le fruit d’une écoute attentive, progressive, presque organique. Pas juste pour me dandiner sur Me Porto Bonito — même si, soyons honnêtes, j’adore aussi enflammer le dancefloor, ok — mais parce que très tôt, quelque chose sonnait différemment chez lui. Il n’a jamais été qu’un faiseur de tubes : il a déplacé des lignes dans un genre longtemps englué dans ses propres caricatures. Le reggaeton, populaire, incandescent, mais aussi tristement réputé pour ses réflexes machistes, homophobes et sa vision étriquée du masculin. Bad Bunny a tout pris à revers.

En talons, jupe ou ongles vernis, il a dynamité l’archétype du macho latino. Dans ses textes comme dans ses prises de parole, il défend une masculinité poreuse, émotionnelle, non violente. Il soutient ouvertement les luttes féministes, dénonce les féminicides à Porto Rico, rend hommage aux femmes assassinées, et n’a jamais cessé de rappeler que son île n’est pas un décor exotique mais un territoire colonisé, endetté, meurtri — et furieusement vivant.

Ce positionnement n’est pas un vernis marketing. Il irrigue sa musique : mélancolique sans être plaintive, politique sans être pesante, festive mais jamais creuse. Bad Bunny, c’est la perreo qui pense, le dancefloor avec une conscience.

Une musique de contrastes

Écouter Bad Bunny, c’est passer d’un club saturé de basses à une plage à l’aube, d’une nuit moite à San Juan à une introspection solitaire casque sur les oreilles. Cette musique-là appelle des boissons à relief, à texture, à vibration. Pas des choses lisses. Pas des boissons tièdes.

Alors j’ai cherché. Des vins et des spiritueux qui dialoguent avec ses albums, ses ambiances, ses prises de position. Et c’est logiquement que j’ai été appelée par les rhums porto ricains. Une petite sélection, à boire sans dogme mais avec attention.

Un Verano Sin Ti — Rhum artisanal pour été introspectif

L’album qui m’a fait entrer vraiment chez Bad Bunny demande des rhums qui racontent une histoire, comme Un Verano Sin Ti raconte les longues journées d’été, les amours en suspens et le détour poétique par Porto Rico.

Ron Artesano Añejo (3 ans)

Un rhum artisanal de Jayuya, travaillé en petits lots dans un alambic en cuivre et élevé en fûts de bourbon. Le nez s’ouvre sur miel de canne et bois toasté, la bouche révèle figue, raisin sec, vanille et cacao, avec une finale douce et complexe — comme les nuances mélancoliques de l’album.

À savourer lentement, pur ou sur un petit cube, comme on épie chaque nuance sonore de Un Verano Sin Ti.

DeBÍ TiRAR MáS FOToS — Rhum d’émotion et de mémoire

L’artiste atteint une forme de maturité dans cet album — celui où il transforme ses expériences en récit. Il faut ici des rhums hors des sentiers battus, à la fois complexes et enracinés dans le terroir culturel.

Rincón Rum (Small Batch)

Produit sur la côte ouest de l’île en petits lots, ce rhum reflète la pureté de la canne et la lumière caribéenne. Distillé cinq fois pour une incroyable propreté aromatique, il est lumineux, herbacé et frais, parfait pour accompagner les thèmes visuels et introspectifs de l’album, comme des souvenirs qui se reconstituent.

Excellent neat ou en cocktail léger, pour les moments contemplatifs.

YHLQMDLG — Rhum audacieux, identité forte

Cet album iconoclaste, brut, décomplexé, appelle des rhums qui n’ont peur de rien.

Ron Pepón Añejo (San Juan Artisan Distillers)

Produit à Vega Alta à partir de jus de canne récolté sur place, ce rhum agricole est doublement distillé en alambics de style cognac avant vieillissement. La palette peut mêler vanille, poivre noir, pomme verte, et une dimension végétale subtile, qui colle à l’énergie brute et non conformiste de Yo Hago Lo Que Me Da La Gana.

À boire pur ou en cocktail inspiré, idéal pour les beats les plus directs de l’album.

El Último Tour del Mundo — Rhum élégant, méditatif

Pour l’album plus introspectif et cinématographique, on sort les rhums qui invitent à la réflexion.

Ron del Barrilito 3 Étoiles

L’une des plus anciennes productions rhumières de Porto Rico, élaborée selon une méthode familiale depuis 1880 à l’Hacienda Santa Ana. Vieilli 6 à 10 ans en fûts de sherry, il offre une robe acajou profonde avec des notes de fruits secs, vanille, tabac blond, datte et épices, une texture ronde et une finale soyeuse très raffinée — parfait pour une écoute feutrée et méditative.

À déguster lentement, pur, pour équilibrer profondeur musicale et complexité aromatique.

Feats & Clubs — Rhums blancs artisanaux pour cocktails

Même en mode dancefloor, on garde l’identité locale.

Ron Pepón (San Juan Artisan Distillers)

Produit à partir de jus de canne plutôt que de mélasse, ce rhum blanc agricole porto-ricain offre une fraîcheur vibrante et verte, très différente des profils classiques. Parfait en daiquiri sec ou en cocktail tropical, il reflète cette énergie brute qui fait danser calles et clubs.

Idéal sur Tití Me Preguntó ou tout set club qui te fait bouger.

Boire sur du Bad Bunny, c’est refuser le tiède

On ne cherche pas l’accord académique, on cherche des accords qui résonnent, des boissons qui ont des histoires, de la profondeur, qui font sens avec la musique d’un artiste qui, depuis des années, repousse les frontières — du reggaeton, du genre, du style.

Bad Bunny nous donne des rythmes, des idées, des émotions.
Le breuvage que l’on choisit doit faire pareil : bouger, surprendre, vibrer. Salud.

 

Marie

Entre écriture et épicurisme, qui a dit qu’il fallait choisir ? Certainement pas moi ! J’ai donc exploré toutes mes passions au fil des années. La fac de droit pour les lettres d’abord. Puis l’école hôtelière pour la gastronomie. Et là, la révélation ! Je découvre le monde du vin et plonge tête première dans cet univers captivant. Au revoir les cuisines, bonjour la sommellerie et, pour parfaire tout ça, un master spé en vins et spiritueux.

Côté pro aussi, on sent une personnalité touche à tout. Je suis freelance dans les vins et spiritueux depuis 10 ans, le terrain de jeu idéal pour un esprit éclectique. Résultat d’une nature curieuse qui n’arrête jamais d’apprendre, j'ai appris à maîtriser en profondeur tout ce qui me fascine, est-ce qu’il ne serait pas temps de vous partager tout ça ?

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