La discussion avait commencé comme souvent.
Autour d’un verre.
Un moment plutôt léger.
Et puis, sans vraiment prévenir, ça a dérapé.
Un ami né en Champagne, sûr de lui, m’explique tranquillement que le champagne, de toute façon, c’est trois cépages.
Point final.
Rideau.
Je sens monter ce mélange étrange :
l’envie de répondre,
l’envie de laisser passer,
et cette petite gêne très précise qu’on connaît tous quand le vin cesse d’être un plaisir pour devenir un terrain d’affirmation.
J’ai répondu.
Pas fort.
Pas agressivement.
Mais j’ai répondu quand même.
Et en rentrant, je me suis dit que le vrai sujet n’était pas tant le nombre de cépages autorisés en Champagne…
que ce qu’on croit savoir du champagne.
Ce moment où le vin devient une certitude
On a tous déjà vécu ce genre de scène.
Quelqu’un affirme.
Corrige.
Tranche.
Le vin, au lieu de rassembler, devient un moyen d’avoir raison.
Et le champagne, plus que toute autre région, cristallise ça.
Parce qu’il est célèbre.
Parce qu’il est chargé d’images.
Parce qu’il est associé au luxe, à la fête, au prestige.
Et donc, forcément, aux idées reçues.
Oui, il existe sept cépages en Champagne
Alors remettons les choses à leur place.
Sans donner de leçon.
Sans ton professoral.
Oui, l’appellation Champagne autorise sept cépages :
-
le pinot noir
-
le pinot meunier
-
le chardonnay
-
mais aussi le pinot blanc
-
le pinot gris
-
l’arbane
-
et le petit meslier
Pourquoi tout le monde parle-t-il de trois cépages ?
Parce qu’ils représentent l’immense majorité des plantations.
Parce qu’ils sont historiquement, économiquement, pratiquement les plus utilisés.
Mais réduire la Champagne à ces trois-là, c’est déjà raconter une histoire simplifiée.
Pratique.
Mais incomplète.
Et surtout, ce n’est pas là que le champagne devient intéressant.
Le vrai malentendu autour du champagne
Le problème n’est pas qu’on ignore l’existence des autres cépages.
Le problème, c’est qu’on pense qu’il y aurait une seule manière légitime de parler — et d’aimer — le champagne.
Comme s’il fallait cocher les bonnes cases.
Comme s’il y avait un bon discours à tenir.
Un bon goût à afficher.
Et ça se retrouve partout.
Maisons vs vignerons : une opposition un peu paresseuse
Autre raccourci classique :
les grandes maisons d’un côté,
les vignerons de l’autre.
Les unes seraient industrielles, formatées.
Les autres forcément vertueuses, authentiques, “vraies”.
La réalité est, comme souvent, bien plus nuancée.
Les maisons racontent une histoire de constance, d’assemblage, de style.
Les vignerons racontent une histoire de lieux, de parcelles, de gestes personnels.
Opposer les deux, c’est passer à côté de ce qui fait la richesse de la Champagne :
sa pluralité.
Aimer le champagne sans réciter sa leçon
On peut aimer :
-
un champagne non dosé
-
un brut classique
-
une cuvée de vigneron confidentielle
-
ou une grande maison iconique
Tout est légitime.
Vraiment.
Ce qui pose problème, ce n’est pas ce qu’on aime.
C’est la manière dont on l’impose aux autres.
Le champagne n’a pas besoin d’être défendu.
Ni justifié.
Ni expliqué à tout prix.
Il a juste besoin d’être vécu.
Ce que cette discussion m’a rappelé
Ce soir-là, ce n’est pas le nombre de cépages qui m’a marquée.
C’est cette envie, très humaine, d’avoir raison.
De montrer qu’on sait.
Surtout quand le vin est censé être un plaisir.
Et si on lâchait un peu ça ?
Si on acceptait que le champagne soit multiple.
Contradictoire.
Accessible et complexe à la fois.
Le champagne comme terrain de liberté
Le champagne n’est pas un QCM.
Ce n’est pas un concours de connaissances.
Ce n’est pas une région à défendre bec et ongles.
C’est un vin de moments.
De contextes.
De rencontres.
Et peut-être que la meilleure manière d’en parler, finalement,
c’est parfois d’arrêter d’avoir raison…
et d’ouvrir une bouteille.
Sans débat.
Juste pour le plaisir.
Et parce la découverte de la pluralité du champagne je l’ai découverte grâce à ce champagne, voici une merveilleuse cuvée 100% pinot blanc : Contrastes, Marie Tassin
