En France, on aime célébrer le vin et les spiritueux de prestige. Mais dans l’ombre des stars, toute une galerie de breuvages d’antan sommeille encore : apéritifs, liqueurs ou élixirs régionaux que nos grands-parents servaient à l’apéritif ou aux grandes occasions. Oubliés des cartes de bars, ils renaissent pourtant dans quelques caves, chez des vignerons passionnés ou des liquoristes audacieux. Cap sur un petit tour de France des saveurs surannées – mais ô combien charmantes.

L’hypocras, le vin des chevaliers

Imaginez un vin épicé au goût de fête médiévale : c’est l’hypocras, boisson que l’on servait dès le XIIIe siècle dans les banquets princiers. Rouge ou blanc, parfumé à la cannelle, au gingembre, au clou de girofle et au miel, il était censé réchauffer les cœurs et les corps. Tombé en désuétude, il connaît aujourd’hui un petit regain grâce à des producteurs du Sud-Ouest et de Provence, qui perpétuent la recette dans une version plus actuelle, souvent proposée à l’apéritif.

Le guignolet, la cerise en majesté

Angevin par excellence, le guignolet est une liqueur de cerises – guignes, bigarreaux et parfois griottes – créée au XVIIIe siècle. Douce, fruitée, légèrement acidulée, elle se boit fraîche, seule ou en cocktail. Longtemps symbole des retrouvailles familiales dans l’Ouest, il a failli disparaître dans les années 80. Quelques maisons, comme Cointreau, le maintiennent encore en vie : un patrimoine liquide qui mérite qu’on lève son verre.

Le ratafia, l’oublié des vignerons

Le ratafia, c’est un vin de liqueur obtenu en mêlant moût de raisin et eau-de-vie. Chaque région a le sien : ratafia champenois, bourguignon, picard… et même un « ratafia de fruits » fait à base de cerises, de coings ou de noix. On le servait souvent pour « finir le tonneau » et prolonger la convivialité. Doux, rond et gourmand, il est parfait sur un dessert aux fruits ou un fromage affiné. Après avoir été un peu méprisé, il revient doucement à la carte des cavistes et restaurants.

Le vin de noix, la liqueur des campagnes

Autrefois, chaque famille rurale préparait son vin de noix, en laissant macérer des noix vertes dans du vin rouge, avec quelques épices et un trait d’eau-de-vie. On le servait en digestif ou à l’apéritif, pour fêter les récoltes. Aujourd’hui, quelques artisans perpétuent la tradition, surtout dans le Massif central et le Sud-Ouest. C’est une boisson au charme rustique, entre l’amertume et le caramel, qui rappelle les veillées d’antan.

La gentiane, l’amère des montagnes

Icône discrète du Massif central, la gentiane n’est pas vraiment oubliée, mais souvent méconnue des plus jeunes. Sa racine, récoltée dans les prairies d’Auvergne, donne une liqueur amère, tonique et singulière, qui a longtemps servi de remède digestif. On la retrouve dans des marques emblématiques comme la Suze, mais aussi chez de petits producteurs qui perpétuent l’art de la macération artisanale. Un délice au goût d’altitude et de terroir.

L’élixir de coing, la douceur d’automne

Moins célèbre que la poire ou la mirabelle, le coing a pourtant inspiré de nombreuses liqueurs domestiques. Dans certaines régions, on préparait un « ratafia de coing » ou une « eau-de-vie de coing » au parfum délicatement floral. Ces nectars, rares aujourd’hui, méritent qu’on les redécouvre pour accompagner une tarte fine aux fruits ou simplement un carré de chocolat noir.

Et demain ?

Bonne nouvelle : ces boissons ne sont pas condamnées à rester dans les livres de recettes. De jeunes vignerons, distillateurs et liquoristes les ressuscitent, avec des versions plus légères, plus fraîches, parfois même revisitées en cocktails. Dans un monde où l’authenticité et la curiosité guident de plus en plus les choix des amateurs, l’hypocras, le guignolet ou le ratafia pourraient bien redevenir les invités d’honneur de nos instants conviviaux.

Alors, lors de votre prochain week-end à la campagne, tendez l’oreille : peut-être qu’un vigneron, un oncle ou une grand-mère sortira de son buffet une bouteille au nom oublié… et vous offrira une gorgée de patrimoine liquide.

Marie

Entre écriture et épicurisme, qui a dit qu’il fallait choisir ? Certainement pas moi ! J’ai donc exploré toutes mes passions au fil des années. La fac de droit pour les lettres d’abord. Puis l’école hôtelière pour la gastronomie. Et là, la révélation ! Je découvre le monde du vin et plonge tête première dans cet univers captivant. Au revoir les cuisines, bonjour la sommellerie et, pour parfaire tout ça, un master spé en vins et spiritueux.

Côté pro aussi, on sent une personnalité touche à tout. Je suis freelance dans les vins et spiritueux depuis 10 ans, le terrain de jeu idéal pour un esprit éclectique. Résultat d’une nature curieuse qui n’arrête jamais d’apprendre, j'ai appris à maîtriser en profondeur tout ce qui me fascine, est-ce qu’il ne serait pas temps de vous partager tout ça ?

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