Imaginez : il est 7 heures du matin, vous montez dans un train à Paris Montparnasse. À 10 heures, vous arrivez à Cérons, petite gare de Gironde au cœur des Graves. Pas besoin de voiture : à 300 mètres seulement, des vélos électriques vous attendent. En quelques clics sur une application, vous en déverrouillez un, choisissez parmi plusieurs itinéraires et partez explorer les vignobles de Graves et Sauternes. Le soir même, vous reprenez le train à 17 heures, direction Paris, sans avoir consommé un gramme de CO₂. Bienvenue dans l’expérience La Bulle Verte – Exploration Tranquille, qui vient d’ouvrir à Cérons sa première station autonome.
Une réponse au défi du « dernier kilomètre »
Depuis sa création il y a cinq ans, La Bulle Verte s’est donné pour mission de faciliter la découverte des territoires viticoles à travers des mobilités douces : balades à pied, circuits à vélo électrique, parcours immersifs. Implantée jusqu’ici au sein de domaines viticoles, la start-up franchit aujourd’hui une étape supplémentaire avec l’ouverture de sa première station autonome.
« L’idée était de répondre à un besoin territorial : comment découvrir un vignoble ou un patrimoine quand on vient sans voiture ? », explique Cyrielle Nau, cofondatrice de La Bulle Verte.
Le principe est simple : via une application mobile, on réserve et déverrouille son vélo électrique, puis on choisit un itinéraire parmi une sélection de parcours. Pas besoin d’accueil physique : tout est automatisé. Et pour aller plus loin dans la démarche durable, la station est alimentée par des panneaux photovoltaïques et installée sans artificialisation des sols. Un conteneur modulable, qui peut être déplacé et adapté selon les besoins des territoires.
Cérons, territoire pilote
Si cette première station autonome a vu le jour à Cérons, ce n’est pas par hasard. Située sur la ligne Bordeaux–Langon, la gare est facilement accessible en train, y compris depuis Paris. Elle bénéficie d’un flux touristique naturel grâce à sa position au cœur de la route des vins de Graves et Sauternes.
À quelques centaines de mètres du quai, les vélos électriques de La Bulle Verte attendent les visiteurs. Une implantation idéale pour résoudre la fameuse équation du « dernier kilomètre », qui reste l’un des grands freins au tourisme sans voiture dans les zones rurales ou périurbaines.
Cinq itinéraires sont aujourd’hui proposés, allant de 9 à 80 km. Les plus courts s’adressent à ceux qui veulent simplement flâner dans les vignes, tandis que les plus longs peuvent se transformer en escapades sur plusieurs jours. Au programme : villages typiques, domaines viticoles, paysages de vignes et découvertes patrimoniales.
Une expérience à vivre
En pratique, l’expérience est pensée pour être simple et accessible. La location démarre à 19 € la demi-journée et 29 € la journée, avec des tarifs dégressifs pour les séjours de plusieurs jours.
La station propose également des services complémentaires, comme une bagagerie pour voyager léger, ou encore l’expédition de produits locaux achetés en route, afin d’éviter de se charger pendant la balade.
Et parce que le tourisme durable ne peut exister sans les habitants, une offre spéciale a été mise en place pour les Céronnais. Objectif : faire des habitants les premiers ambassadeurs de cette mobilité douce, qu’ils pourront utiliser ponctuellement pour se rendre au marché voisin ou simplement pour profiter d’une sortie à vélo électrique.
Un projet en gestation depuis cinq ans
Pour Cyrielle Nau et son équipe, cette inauguration marque l’aboutissement d’un projet mûri depuis la création de La Bulle Verte. « On a imaginé très tôt cette solution du dernier kilomètre, mais il nous fallait trouver la bonne formule. »
Au fil des années, le concept a évolué : station autonome, sans impact sur les sols, modulable, facile à déplacer et à industrialiser. Aujourd’hui, il prend vie à Cérons, mais pourrait demain se décliner dans d’autres gares et territoires viticoles.
Vers un œnotourisme bas carbone
Avec cette première gare autonome, La Bulle Verte ouvre une nouvelle voie : celle d’un œnotourisme bas carbone, accessible à tous. Un modèle où l’on prend le train, puis le vélo, pour découvrir les paysages et les vignobles autrement.
Et si demain, ce type de station fleurissait un peu partout sur nos lignes ferroviaires régionales ? De quoi imaginer un tourisme plus doux, plus durable et plus libre, où la découverte d’un territoire ne rime plus avec dépendance à la voiture.
À Cérons, le voyage commence en gare. Et se poursuit à vélo, au rythme des vignes et des paysages de Graves et Sauternes.